lundi 18 février 2008

Constellation, c'est tout un voyage...


Cette fois, mon sujet n'est pas un artiste en particulier, mais plutôt un mouvement, une idéologie, qui regroupe plusieurs entités sous la même philosophie : faire les choses autrement...


Constellation, ce label indépendant issue de Montréal, s'est formé en 1997 par Ian Ilavky (autrefois de la formation Sofa) et Don Willkie, contrairement au Big Bang, mais avec presque autant d'impact sur la scène musicale depuis. Avec la mission de donner une tribune aux artistes qui ont une sonorité qui sort des sentiers battus et une vision d'un monde différent et meilleur que les grandes compagnies de disque n'adhèrent généralement pas. En ayant comme priorité les petits lieux de ventes, les indépendants et une approche plus humaine, plus personnelle et surtout moins capitaliste envers le public et les artistes. D'ailleurs les pochettes, pour la plupart faites maison par des artisans locaux, diffèrent en tout point du format plastique auxquelles on nous a habitués.

Ils ont donnés naissance à un style que nous, amateurs de musique en manque de nom pour classifier ce genre, ont baptisés "post-rock/expérimental" et ce, au grand désarroi des gens qui l'ont créés. Il faut dire que c'est bien simplifier et vulgariser d'étiqueter cette musique de ce nom, on se limite énormément ! Souvent hypnotique, psychédélique, mais la plupart du temps, indescriptible. Le genre de musique entendue sous la tutelle de Constellation surprend à tout coup, autant par sa qualité que de son côté innovateur. Ces artistes repoussent les limites, fondent différents styles qui ne semblent pas aller ensemble et nous emmènent dans un voyage aux limites de notre imaginaire. Les pièces, souvent instrumentales, mais quelque fois agrémentés de chants ou de narrations engagées et ces titres qui en disent long sur les valeurs alter-mondistes des formations, malgré le fond très sérieux, nous bercent et nous réconfortent d'une manière inexplicable.

Godspeed You! Black Emperor-F#A#oo
La formation Godspeed You! Black Emperor de Montréal, avec l'album F#A#oo(symbole de l'infinité) en 1997, a une approche très orchestrale. On peut y entendre des œuvres instrumentales d'un quart jusqu'à tout près d'une demi-heure, où nous sommes complètement dans un autre monde, celui de la musique imagée et ce, dès le début de cet enregistrement. Une narration nous accueille, elle donne le ton et la substance littéraire pour que la fibre de notre imaginaire se fasse stimuler. On entre progressivement dans une ambiance particulière, parfois dérangeante, on vit une panoplie d'émotions. Une ère lucide, sombre, parfois presque apocalyptique se dessine, où on se sent dans une montagne-russe d'émotions, digne d'une trame sonore prise d'un film de Kubrick.

Devant public, 9-14 musiciens sont nécessaires pour accomplir ce périple musical en nous-mêmes, au plus profond de nos pensées. Accompagnés de projections, ce qui renforce l'emprunte déjà forte
sur CD. C'est eux qui sont derrière le la transformation d'un entrepôt en fameux Hotel2Tango, lieux de création et de diffusion hors-piste.

Godspeed You Black Emperor - Yanqui U.X.O.
En 2002 paraît Yanqui U.X.O., leur dernier opus avant de mettre le projet en veilleuse, un an plus tard, pour une période indéterminée. Une pochette où on voit des images de bombes qui tombent est accompagné d'un encart qui dépeint comment les géants du disque (AOL Time Warner, BMG, Sony & Vivendi Universal) financent l'industrie de l'armement.


Côté musique on a droit à aucune narration ni échantillons donc entièrement instrumentale. Elle est un peu plus légère et harmonieuse, voire accrocheuse, mais n'hésite pas à montrer des dents un peu plus loin. Encore une fois, la route où ils nous emmènent est cahoteuse, normal étant inspirée d'un sujet et de temps sombres.

vendredi 8 février 2008

Patton et ses patantes

Pour mon premier sujet (enfin décidé à créer ce blogue !), j'y vais pas avec le dos de la cuillère morte en vous présentant, en premier lieu, cet homme aux cordes vocales extensibles et aux innombrables projets. Comme faire les choses à moitié n'est pas dans mes habitudes, êtes-vous biens assis, voilà c'est partis...

Pour ceux qui ne le reconnaissent pas, je parle de l'ex chanteur des formations Faith no More et Mr.Bungle (ses implications les plus populaires), pour ne nommer que ceux-ci. Véritable génie de son époque, il nous fait part de sa créativité immense en nous offrant des projets tous plus hallucinants les uns que les autres.

Pourquoi parler d'un gars, à première vue, issue de groupes des années '90 ? Avant d'approfondir mes connaissances sur ses créations ces derniers temps, c'est un peu ce que je pensais aussi.

Grâce à un ami au travail qui m'a mis la puce à l'oreille au sujet de ses nombreuses réalisations, tels que l'album de Björk-Medulla (presque entièrement constitué d'organes vocaux au lieu d'instruments et d'échantillons), j'ai changé mon point de vue assez rapidement à son égard. Surtout en ayant vu le "making-of" de ce dernier en DVD, on ne peut qu'admirer le travail effectué des artistes ayant participé à cet enregistrement sous-estimé et méconnu du grand public.

La cadence Kaada

Norvégien, Erik Kaada se spécialise dans la conception de trames sonores, musique que Patton écoutait le plus, étant blasé de la scène musicale de la fin du dernier millénaire. Ipecac Recordings, l'étiquette co-fondée par Mike Patton en 1999, signa les droits de distribution des albums de Kaada pour l'Amérique de nord à partir de 2003.
www.ipecac.com

Leur projet commun, l'album Romances paru en 2004, démontre comment deux entités distinctes peuvent en venir à une parfaite symbiose et ainsi accoucher d'un univers sonore incroyable. Tout en subtilités, alliant théâtralité, arrangements qu'on croirait tout droit sortis d'Europe de l'est et musique digne d'un film d'horreur de série B que l'on s'invente au fur et à mesure que l'album progresse. Poignant, dramatique, dérangeant, angoissant et parfois même "crooner" ou "cartoonesque", souvent sur une même pièce. On s'aperçoit rapidement que nous sommes en présence d'une œuvre d'une richesse et d'une complexité hors du commun.

Particulièrement en visionnant le DVD de Patton/Kaada Live paru en automne 2007. Prises de vues efficaces, filmé en noir et blanc avec fumée et lumières minimaliste, mais qui ajoutent énormément à l'atmosphère générale. Encore mieux que le fameuse prestation symphonique de Portishead et c'est pas peu dire, un must pour tout mélomane qui se respecte, exigez-le à votre disquaire !


Tomahawk fesse fort

Un autre projet fort stimulant et ambitieux de Patton et ses compatriotes s'il en est un. Sur cette plus récente galette du groupe où les anciens membre de Helmet, Melvins et Jesus Lizard, s'en donnent à cœur joie. Intitulé Anonymous, métissages de musique rock, programmation moderne et instruments traditionnels Amérindiens sont au menu.

Sur un fond de compositions inspirés de pièces tirées du début du siècle du peuple natif d'Amérique. Le jeu de cette amalgame aurait facilement pu tourner au ridicule, mais il n'en est rien. Cet exercice de style, tant vocal qu'instrumental, exploite à fond le talent de nos principaux protagonistes.

J'avais entendu les autres albums de Tomahawk auparavant, mais ils ressemblaient un peu trop à du Faith no More à mon goût, quoi que plus expérimental et corsé, sans réussir à m'accrocher. Une seule écoute m'a suffit pour me convaincre d'investir sur cet opus, faut dire que c'est tout un périple auditif. On se croit emporté dans un monde post-apocalyptique où les traditions ancestrales auraient repris du service, mais aidées par la technologie d'aujourd'hui. Très loin des chansons de Florent Vollant disons !

Il y a quelque chose de très spirituel et moderne à la fois, qu'on ne trouve pas ailleurs et c'est pourtant pas faute d'avoir cherché, vous pouvez me croire sur parole. Innovateur, hors-normes, tout en ayant un esprit organique. Je recommande une écoute particulièrement dépourvue de préjugés à n'importe-qui à la recherche d'une sonorité complètement différente de ce que vous avez entendus jusqu'à maintenant, faut vraiment en avoir fait l'expérience pour le croire. www.myspace.com/tomahawkofficial


Fantômas, who you gonna call ?

Effectivement, on songe à faire appel aux Ghostbusters, puisqu'à prime abord on pourrait croire que ce disque est possédé ! Échantillons de films érotiques ou séries télévisées du style salle d'urgence (ER), sur fond de musique inquiétantes et chant grégoriens agrémentés de cris infernaux... Voilà ce qui nous attends dès les premières minutes d'un des albums les plus déjantés de tous les temps qu'est Delirium Cordia (2004). Composé d'une seule pièce qui dure près d'une heure et quart, où l'on nous laisse d'autre choix qu'écouter d'un seul trait. Avec la participation de membres de Mr.Bungle, des Melvins et du batteur de Slayer, on sent ici une complicité et une intensité peu commune entre les membres de cette formation.

Ce voyage musical à travers les ténèbres est livré avec une conviction peu commune, en provenance des esprits tordus de Patton et sa bande. Tel un film d'épouvante que l'on essaie d'éviter de regarder certains passages, mais que notre regard ne peut pour autant quitter des yeux. Oreilles et cœurs sensibles s'abstenir, si vous cherchez une bonne petite ambiance pour un souper en tête à tête, vous risquez plutôt d'imaginer que c'est votre invité qui sera au menu ! Laissez-vous secoués par le tintamarre exceptionnel qu'ils nous ont pondus.

Dans un tout autre registre, le dernière couvée de mes spectres préférés, nous livrent en 2005 Suspended Animation. Loufoque, irrévérencieux et fortement inspiré des dessins animés du samedi matins de notre enfance, il est aux antipodes de leur effort précédent. Enregistré en parallèle avec ce dernier, afin d'aider les musiciens à dédramatiser et sortir de ces vibrations lugubres qui pouvaient s'installer à l'occasion en studio, j'ose imaginer. Agrémenté d'un livret sous forme d'un calendrier aux illustrations de personnages japonnais, on nous fait d'autant plus pénétrer dans le monde surréaliste et éclaté qu'est Fantômas.

Ces bijoux expérimentaux ne laissent personne indifférent et surprennent du début jusqu'à la fin. Ils peuvent, par contre, en dérouter plusieurs, surtout le public non-initié à la recherche musicale antécédente de Mr.Bungle et de tout ce qui découle de Frank Zappa. De grâce, ne vous laissez pas repoussés et laissez-vous la chance de vous faire apprivoiser par cette sonorité qui peut paraître étrange. Le fruit de vos efforts auditifs seront largement récompensés en étant votre salut des affres de la musique à succès insipide radiophonique, règle générale... Après avoir entendu les projets de Mike Patton, votre monde musical ne sera plus jamais le même. Tout compte fait, ça peut risquer d'être une bonne chose au nom de votre hygiène orale !