jeudi 30 juin 2011

Chef-D'oeuvre du Mois - Juin 2011


La formation Free-Jazz Turtleboy, originaire de Montréal, arrive avec Smart Matter, son deuxième album qui oscille entre le Rock aux élans progressifs et le Free-Jazz.

Le trio se permet même de reprendre Pyramid Song, une pièce de Radiohead, dès les premières pièces du disque. Avec leur jeu dynamique, aux structures inconventionnelles, influencés par la formule sans basse de Paul Motian, Turtleboy me rappelle vaguement les formations Tortoise (mauvais jeu de mot involontaire ici) et Miriodor, jusqu’à un certain point. Leurs compositions sont des montagnes-russes émotionnelles qui oscillent aisément entre des rythmiques endiablés et des mélodies qui nous tranquillisent l’esprit. Je pense aussi au Post-Rock de Do Make Say Think et à celui de Bell Orchestre, entres autres, de belles influences à avoir pour pratiquement n’importe-quel groupe! Leurs compositions principalement instrumentales sont complexes et sans compromis, parsemées de passages vocaux collectif où on s’y attend le moins.


Globalement, les pièces sur l’album Smart Matter sont surprenantes à tous les détours, elles détonnent par leur inventivité et leurs enchaînements fortement inspirés. À l’image du titre, elles font facilement travailler la matière grise chez l’auditeur, sans pour autant verser dans une musique exclusivement intellectuelle, puisqu’on sent beaucoup de sensibilité pratiquement à chaque note. Turtleboy est un groupe qui est sorti de sa carapace! EN SPECTACLE : Vendredi 15 Juillet prochain @Upstairs Jazz-Bar de Montréal.

mercredi 29 juin 2011

Parution de la Semaine - 28 Juin 2011


Pour Sound Kapital, la troisième parution des Handsome Furs, composé de Dan Boeckner des Wolf Parade et de sa femme, Alexei Perry, le duo revient avec un mélange d’Indie-Rock et Électro aux accents New-Wave.

Handsome Furs - Repatriated sur Subpop

Les Handsome Furs font quelque chose d'un peu semblable à Arcade Fire ou The Dears pour les mélodies accrocheuses et au niveau de l’énergie vocale, puis l’aspect synthétique des claviers me font penser aux groupes We Are Wolves et Duchess Says en version un peu plus adoucie. Sur Sound Kapital, on retrouve des structures rythmées, des répétitions hypnotiques et des airs efficaces aux penchants dansants. Résolument Montréalais comme sonorité, même le titre évoque cette couleur locale, le disque est comme une sorte d’hommage aux influences et l’entourage de la formation. Certains pourront dire que c’est un style qui est très tendance, voire trop hipster pour être véritablement rafraîchissant dans le paysage musical actuel, mais je dirais que la musique des Handsome Furs a le mérite de venir toucher une corde sensible chez l’auditeur.


Certainement en terrain familier, l’agencement des différents éléments musicaux font en sorte que l’écoute de l’album Sound Kapital est agréable sans être déstabilisante, ni renversante. Je dirais même que la pochette est peut-être plus dérangeante que le contenu, arborant une femme totalement nue, qui prend une pose de mannequin la nuit, sous la lueur des lumières d’un échangeur d’autoroute en arrière-plan. Au niveau de leur musique, c’est un amalgame d’ambiances théâtrales avec des claviers bien gras, un chanteur émotif (un peu à la manière de Morrissey) qui font qu’une espèce d’insouciance et une joie de vivre douce-amère émane de cet enregistrement. Fortement recommandable sans avoir à porter 5 foulards autour du cou (en plein été), pas plus nécessaire d’avoir des grosses lunettes avec une monture en plastique noire, ni même d’aller se faire la coupe de cheveux à la Xavier Dolan pour être en mesure d’apprécier le disque des Handsome Furs!


dimanche 26 juin 2011

Les Frères du Son Rencontrent - Caribou


Nous avons eu la chance de rencontrer Dan Snaith, mieux connu sous le pseudonyme Caribou pour un entretien particulièrement brillant. Nous avons effleurés les sujets de la science et la physique avec lui, étant un mordu du domaine. Caribou était de passage pour une prestation au National à l’automne dernier dans le cadre de sa tournée pour l’album Swim et il a eu la générosité de nous accorder suffisamment de temps pour réaliser une entrevue qui a du panache!


C’était un spectacle qui s’est aisément hissé dans le haut de notre palmarès des meilleurs spectacles de 2010. Lui et son groupe nous ont livrés une performance très dynamique, sinon survoltée, du coup, l’audience en est ressortie énergisée et ébahie de ne pas avoir seulement assistée qu’à un genre de DJ set. En voilà un qui se donne à fond sur scène et qui est très généreux envers son public, enchaînant les rappels pour les spectateurs qui auraient bien aimé que la soirée ne se termine jamais! On vous présente notre entrevue sous-titrée en français avec Caribou, un artiste que nous estimons et respectons beaucoup, en vous souhaitant un bon visionnement!

jeudi 23 juin 2011

Parution de la Semaine - 21 Juin 2011


Pour ma parution de la semaine, cette fois-ci, j'ai sélectionné une nouveauté toute fraiche d’un artiste qui repousse les frontières du Folk en y alliant des éléments qui sortent vraiment de l’ordinaire. Je parle de l’album homonyme de Bon Iver, avec son freak-Folk-expérimental rafraichissant et son approche musicale très différente de tout ce qui se fait habituellement dans le domaine. Rien de plus inspiré n’apparait dans le genre, sauf peut-être les œuvres de Sufjan Stevens et de Joseph Arthur, malgré qu’ils aient des approches très différentes de Justin Vernon, l’homme derrière Bon Iver.

Bonnie Hathaway de Bon Iver

Pour son plus récent disque, il a joué d’encore plus d’audace qu’à l’habitude en nous concoctant des pièces expérimentales avec des touches d’Ambiant. Planant à souhait tout en gardant une base rythmique, les pièces entendues sur le plus récent enregistrement de Bon Iver se font un peu moins mélancoliques par moments que sur For Emma, For Ever Ago, leur premier album, qui a mérité beaucoup d’admiration, autant de la part du public que des critiques et la communauté artistique tous styles confondus. À l’image de leur première mouture, Vernon et sa bande nous ont préparés des arrangements riches et diversifiés que ce qu’on pouvait s’attendre, quoi que presque tout était permis au niveau de nos prédictions de la nouvelle tangente que la formation pouvait prendre! Ses envolées orchestrales méritent vraiment l’attention qu’ils reçoivent.


L’attente a été longue, les espoirs étaient élevés, mais je pense sincèrement que personne ne peut être déçu des pièces entendues sur ce tout nouveau disque. Inspirant, apaisant, tout en sensibilité et subtilités, Bon Iver s’est drapé de ses plus beaux atours pour nous prouver que notre patience en valait vraiment la peine!

jeudi 16 juin 2011

Parution de la Semaine - 14 Juin 2011


La formation Mercury Rev originaire de Buffalo revient avec Deserter’s Songs, une somptueuse réédition de leur 4e album initialement paru en 1998, mais cette fois-ci, revisité de façon instrumentale avec une nouvelle pièce en bonus.

Dès la première pièce de leur 11e album, depuis ses débuts à la fin des années ‘80, on reconnait facilement les influences de Pink Floyd sur le groupe, mais résumer le disque Deserter’s Songs qu’à cette dernière comparaison ne lui rendrait pas hommage. On dénote aussi des ressemblances avec la musique Islandaise, comme celle de Johann Johansson et Sigur Ros, pour ce qui est des structures tout en relief et au niveau de la richesse des arrangements, mais surtout, pour ses airs orchestrés, frôlant presque la symphonie Rock-progressive par moments, avec des touches psychédéliques. Depuis toujours, je préfère nettement mieux l’aspect musical que lyrique chez Mercury Rev, malgré que je ne déteste vraiment pas leurs enregistrements vocaux, c’est seulement que j’ai un peu plus de difficulté à y adhérer. Est-ce que c’est la voix du chanteur ou sa manière de livrer ses textes qui me rebute, aucune idée, chose certaine, lorsqu’il chante, on ne peut faire autrement que de penser à une imitation des Flaming Lips, pour le meilleur, comme pour le pire...


Il y a quelque chose de grandiose et de hautement mélodique sur le plus récent disque de la formation, s’il en est une, puisqu’elle a subie des changements majeurs en cours de route, autant au niveau musical que sur le roulement de personnel. Un fond très kitsch émane aussi de certains passages de l’album Deserter’s Songs, de sorte qu’on reste avec une impression mitigée de notre écoute. Telle une trame sonore d’un film qui n’existe seulement que dans notre imaginaire, où nous avons à assembler les images afin de former une histoire cohérente pour venir accompagner les pièces du dernier opus de Mercury Rev. Un album à mi-chemin entre une belle exploration musicale et d’un goût de déjà vue incommensurable, qui nous donnent parfois envie de déserter l’œuvre au profit d’investir notre attention ailleurs. Sincèrement, la patience est une vertu essentielle pour être en mesure d’apprécier et surtout de se laisser charmer par leur album Deserter’s Songs, mais elle en vaut largement la peine!

jeudi 9 juin 2011

Parution de la Semaine - 7 Juin 2011


Johann Johannsson, ce compositeur contemporain Islandais revient avec The Miners' Hymns, la trame sonore pour le documentaire historique de Bill Morrison et une œuvre audio toute en finisse et subtilités, qui allie des éléments classiques et synthétiques.

Pour son plus récent opus, l’Islandais qui ne fait pas les choses comme les autres, telle est leur marque de commerce dans ce coin de la planète, nous offre un enregistrement poignant et légèrement exploratoire. Fidèle à son désir de se renouveler sans cesse, cette fois-ci, l’un des membres de la formation Apparat Organ Quartet nous propose des compositions instrumentales dans la veine des minimalistes, toutes en relief et riches en émotions.

Visiblement inspiré par les images de Bill Morrison le  réalisateur du film The Miners' Hymns et du mythique film Decasia, monsieur Johannsson nous sert des pièces mystérieuses aux sonorités caverneuses et avec une certaine tristesse en toile de fond. Bien évidemment, puisqu’il s’est inspiré des travailleurs de mines qui ont tout eût sauf la vie facile. Très intimistes, souvent, on se sent coincés avec eux dans la pénombre, le clame et l’isolement des profondeurs souterraines. Sur d’autres passages, on devine la mystérieuse beauté des trésors enfouis, comme celles des cristaux et stalactites, un spectacle qui n’est offert qu’aux plus braves et aventureux qui ont risqués leurs vies pour ces précieuses ressources.


L’artiste surdoué a réalisé le tour de force de nous dépeindre un univers à la fois fantastique et glauque, quasi inimaginable pour le commun des mortels. Une ode aux pionniers qui ont payés le gros prix pour remonter à la surface certains minerais qui sont désormais monnaie courante dans nos sociétés modernes. Si vous ne connaissez pas déjà le travail de Johann Johannsson, vous pouvez également consulter un autre article que j’ai rédigé sur lui pour la balado mensuelle des Frères du Son, Édition Décembre 2010, accessible ici.

samedi 4 juin 2011

Spectacle du Mois - Juin 2011


Pour la première soirée d’une série de spectacles intitulés Nocturne dans le cadre du festival de musique électronique MUTEK, on a eu droit à toute une performance multimédia sur la scène du Métropolis de Montréal pour ouvrir le bal...


En première partie de la représentation d’Amon Tobin, Badawi a commencé son set d’une manière très atmosphérique et mystérieuse. Une progression subtile pour débuter la soirée était de mise afin réchauffer la salle d'une pointure telle que celui de notre Brésilien favoris!


Badawi fait dans le style minimaliste-ambiant et IDM aux répétitions sans cesse sous le même thème, de sorte qu’on a l’impression de toujours entendre une variation de la même pièce. Ses enchaînements manquaient terriblement de momentum et de relief, ses structures sonores, beaucoup trop carrées et redondantes pour assurer la première partie d’un spectacle qui promettait de nous en mettre plein la vue autant qu’aux oreilles. Ce qui a laissé comme impression au public d’avoir assisté  à un feu d’artifice parsemé de pétards mouillés, malheureusement légèrement insipide, on a même entendu des huées une fois son numéro terminé et pour une fois, c’était mérité.


Gold Panda a suivi d’une manière plus énergique avec son style légèrement plus downtempo et son genre qui emprunte au style Deep House. L’artiste a, quant à lui, beaucoup plus le sens du spectacle et il nous a offert une prestation très dynamique. En voilà un que nous n’avions pas hâte de voir quitter la scène, même si on se doutait très bien que ce qui allait suivre allait pulvériser tout ce qui avait précédé!


La foule diversifiée, tant au niveau de l’âge que du style, était impatiente de découvrir ce qui se cachait derrière le rideau avant d’amorcer le numéro principal. L’artiste aussitôt arrivé sur scène, les cellulaires des spectateurs installés au parterre se sont allumés tel un tapis technologique pour capturer un tant soit peu le moment. Amon Tobin nous a suffisamment laissé reposer les oreilles pour mieux être en mesure d’apprécier ce qu’il était venu nous offrir, c’est-à-dire, son nouvel album, Isam, dans son intégralité. Engloutis au beau milieu du décor, Amon nous dévoile rien de ses secrets en gardant son matériel bien à l’écart des yeux inquisiteurs. Derrière son décor vivant, il a réussi à complètement absorber la foule dans son univers singulier et confirme qu’il ne provient vraisemblablement pas de notre planète!


Monsieur Tobin avec l'aide des équipes de production visuelle Blasthaus, VSquared Labs, Vita Motus Design, Leviathan, conjointement, ils ont réussis le tour de force de faire la conception d’un spectacle captivant au plus haut point! Complètement subjugués, les spectateurs ont aisément perdus le fil de l’espace-temps. Émus par une telle beauté visuelle et sonore, d’une rare symbiose comme il s’en fait trop peu, le public est tout simplement resté bouche-bée. Avec une sonorisation hors du commun, même pour le Métropolis, la combinaison sons et lumières en était à son paroxysme, où on en ressort sans même un petit bourdonnement dans les oreilles et le corps encore vibrant par les basses fréquences, chose rare pour ce type de show.


Époustouflant, déstabilisant, incroyablement prenant et pratiquement inimaginable comme représentation, le tout en grande première mondiale, rien de moins! Personnellement, je n’ai rien vu d’aussi visuellement stimulant depuis la dernière tournée de Nine Inch Nails avec l'équipe de conception visuelle Moment Factory, mais avec Amon Tobin, on pousse encore plus loin, pour ce qui peut seulement se décrire comme étant un orgasme cérébral! Une expérience où l’on ne peut qu’en sortir transformés et où il est impossible d’être les mêmes une fois qu’on a vu un spectacle aussi renversant. Un spectacle si bouleversant que les mots ne suffisent plus à décrire, tout simplement éblouissant et génial!