lundi 24 février 2014

Plein feux sur Fauve et Pawa Up First


Montréal, samedi 22 février, loin du chaos social de Kiev, dehors, les rues vides d’un mouvement de contestation, en cette ère qui, pourtant, ne manque pas de raisons pour s’indigner. Par une venteuse soirée d’hiver qui tire à sa fin, dans le cadre de Montréal en Lumière qui bat son plein du 20 février au 2 mars, le Club Soda accueille un doublé exaltant qui promet d’en faire voir de toutes les couleurs.


UN COMBO ENFLAMMÉ


Une foule relativement jeune semble plus fébrile que d’habitude pour ce spectacle. L’événement couru, Pawa Up First avec Fauve affiche complet, avec la sortie éminente de Vieux Frères Partie 1, le premier long-jeu de la jeune formation française, après avoir fait paraître un maxi bien apprécié. Et pour cause, avec le buzz qu’elle suscite depuis ses premiers balbutiements, autant outre-mer qu’ici, grâce à une promo web intensive et leur clips épiques. Des textes coups de poings, narratifs, avec une approche d’une franchise désarmante et une sorte d’espoir désemparé qui abreuve les âmes en quête de sens en cette époque tourmentée. Alors, oublions les tourments pour un moment, le temps d’un soir de fin de semaine, pour laisser bercer nos angoisses collectives par les mélodies texturées de la formation Pawa Up First, menée par Serge Nakauchi Pelletier, guitariste pour Beast, Ariane Mofatt, Alexandre Désilets et bien d’autres projets de qualité.


PAWA UP FIRST


Avant l’entrée en scène des musiciens, claviers superposés, amplis haut de 5 pieds et interface au pavé tactile, étaient disposés sur le plancher surélevé. En arrière plan, un écran large comme l’antre du théâtre laisse présager le meilleur comme expérience extra-sensorielle en guise d’entrée. D’emblée, le parterre bourdonne déjà de gens à l’apparence branchée. Pawa Up First débute avec un long échantillon narratif en ouverture, agrémenté de projections spatiales vintage, un kaléidoscope d’images qui passent du spoutnik à des enfants qui tiennent un Viewmaster tournés vers les cieux. Étant une musique qui respire, le public, ne sachant trop qu’en faire, applaudit à des moments mal choisis… Ah, la subtilité et le québécois moyen!


Les crescendos du groupe permettent d’entrer en transe et quelques classiques parsèment un set principalement composé de pièces de Missing Time, leur plus récent opus. Après une apparition de Boogat, plus tard, une chanteuse et un trompettiste pour la pièce Big Freeze, une première interprétation en 7 ans, il est maintenant clair que la formation aux membres variables, qui gravitent autour d’un noyau central composé de Nakauchi-Pelletier et du claviériste, veut créer un moment particulier. Une prestation de plus de 30 minutes, égaux à eux-mêmes, remplie d’émotions, sensée et sensible. Mission accomplie avec brio pour le projet local, qui s’acquitte de la tâche ingrate qu’est de réchauffer la salle pour un jeune groupe de France, eux qui en sont à plus d’une décennie d’existence, encore en marge, même en sol montréalais!





FAUVE


Peu avant le plat principal, la foule s’entasse au parterre rempli à pleine capacité, la table est alors mise pour la prestation souhaitée; une sorte de communion entre les artistes sur les planches et les êtres qui se trouvent devant eux, telle une thérapie de groupe, si vous voulez.



Ironiquement, le matériel sur scène se fait plus épuré que pour les premiers, qui ont d’ailleurs mis bien peu de temps à tout enlever et malgré tout, Fauve se laisse un peu désirer afin de venir chercher l’intensité recherchée… Le chanteur est partout à la fois, sautillant sur scène, avant de nous balancer De Ceux avec la vidéo qui l’accompagne en toile de fond, enchaînant des pièces issues de leur album encore à paraître, avec une sono rehaussée d’un cran. Après un départ nerveux, qui laisse transparaître un certain manque d’expérience scénique ou trop peu de maturité, ils se ressaisissent après quelques pièces. Avec ce déferlement de mots pratiquement incessant, où il est pratiquement impossible de tout saisir, ces énergumènes livrent une prestation très énergique.




Ayant perdus 6 bagages à leur arrivée à l’aéroport, ce qui explique mieux la fébrilité ressenti plus tôt, ils ont dû faire un appel à tous afin d’avoir la matériel nécessaire pour effectuer leur prestation. La réponse a été forte, et vers la fin de l’avant-midi, ils étaient rassurés et surtout, appuyés par leur auditoire québécois, ça aide à enforcir la confiance au genre humain et de son avenir au sens large lorsqu’il sait se faire solidaire, si seulement  il savait le faire quand c’est réellement important! Le groupe nous confie, pendant l’une de ses longues interventions, que la pièce Vieux Frère est inspirée par leur premier passage dans la métropole, pour les Francopholies l’an dernier et qu’ils seront de la prochaine édition, cette fois-ci au Métropolis, où il devrait faire salle comble une fois de plus. Fauve nous sert à peu près toutes les pièces de son répertoire lors de sa généreuse prestation et pour l’ultime rappel, elle interprète enfin Blizzard pour venir couronner la soirée.



Au final, une représentation avec certaines longueurs, où des pièces très fortes côtoient d’autres plus molles, possiblement que mes attentes pour Fauve était démesurées. Peut-être aussi que le contraste entre eux et Pawa Up First, ou mon parti pris pour ces derniers, transparaît dans mon appréciation de la soirée. Une chose est certaine, la combinaison est un vrai tour de force avec la thématique rock-exploratoire aux élans hip-hop, partagée par les deux projets. Chapeau aux programmateurs de Montréal en Lumières, qui savent établir un fil conducteur comme peu font mieux en la matière!
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