dimanche 16 février 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Instrumentale Canadienne

Pour le chapitre IV de cette série de l'année musicale en revue, je vous propose une portion instrumentale à saveur régionale et locale. Une dizaine de projets font partie de cette sélection, des artistes sous un nouveau pseudonyme, des formations réputées dans le milieu et des noms encore méconnus. En vous souhaitant bon nombre de surprises tout au long de votre lecture et de la musique qui vous interpelle!


L'Oeil et le Monocle - Bestiaire Imaginaire


Projet épatant d''Antoine Létourneau-Berger, un multi-instrumentiste originaire de Rimouski. On l’imagine, enfermé pendant de longues heures, pendant les courtes journées d’hiver, à polir ces diamants auditifs. Texturées, lumineuses, funky, rock, expérimentales et psychédéliques, sont tous des qualificatifs de ses structures musicales. Certainement exploratoires, les ritournelles du cerveau derrière le monocle sont toutes sauf dépourvues de mélodies accrocheuses et des rythmes entraînant pour autant. Un grand merci à mon ami Gabirel pour m’avoir suggérer d’écouter ses productions, une des révélations locales marquantes de 2013 à mon avis!



CFCF - Music for Objects


Avec 2 albums parus dans la même année, disons que Michael Silver n’a vraiment pas chômé! Celui-ci est beaucoup plus minimaliste et se rapproche d’avantage à la musique actuelle que le second qui se fait bien plus vocal. Ses structures polyrythmiques sont un vrai délice à l’oreille par la complexité et la richesse des arrangements. Malgré les textures enlevantes, n’en reste pas moins que l’album est apaisant, voire pratiquement méditatif par moments. Un de ces albums qui insufflent l’inspiration et propice à l’introspection où l’on peut perdre aisément la notion du temps en l’écoutant!




I Am Robot and Proud – Touch/Tone


Shaw-Ham Liem, ce torontois également co-créateur du jeu vidéo Sound Shapes pour la PS3 et Vista, produit des architectures audio dignes des plus grands maîtres de l’IDM. Fidèle à son style, l’artiste propose des sonorités qui fusent de tous les côtés et qui ne peuvent faire autrement que de stimuler les neurones. De la polyrythmie riche en instrumentation que l’on dirait conçue pour être de la musique de jeux vidéo de la génération de la console Dreamcast de Sega (ben oui, j’ai un côté geek)! Une écoute déconseillée à la majorité des banlieusards qui ne comprendront probablement rien à la subtilité musicale et sa finesse d’exécution. Hein, y’existe autre chose que Tiesto et Deadmau5 dans l’électro ?




Pawa UpFirst – Missing Time


Le collectif mené par Serge Nakauchi Pelletier, est habituellement déjà très inspiré, mais le voici avec une œuvre qui bat des records, même pour la formation aux membres variables. Je ne sais pas quelle mouche extraterrestre les a piqués, mais  leur dernier élan créatif nous emmène dans un sentier beaucoup plus synthétique qu’à la coutume et avec des structures parfois beaucoup plus psychédéliques que cinématographique. Auparavant, la musique créée par le groupe pouvait ressembler à une trame sonore pour un film qui n’existe pas, parfois saupoudrée de collaborations vocales de type rap, mais cette fois, les seules voix entendues sont de sources échantillonnées. Un enregistrement délicieux pour l’ouïe où l’on se sent tout simplement téléportés!




Boundary


Nouveau joujou de Ghislain Poirer qui repousse ses propres frontières en matière de productions musicales. On se retrouve ici dans une dimension relativement éloignée du dancehall et de ses dérivés pour aboutir dans un terrain qui appartient davantage à la musique techno sous ce pseudonyme. Bien sûr, les basses fréquences sont au rendez-vous, mais elles se font beaucoup plus subtiles, nappées par ses structures ambiantes et hypnotiques. L’artiste démontre ici qu’il est capable de jouer d’audace et qu’il peut très bien s’aventurer dans un terrain où il se fait méconnaissable, une autre de ses facettes s’est dévoilé avec cet album. C’est tant mieux, avant de tomber dans le panneau de faire une caricature de lui-même!




TheGulf Stream – Dekobe (EP)


Paru à la toute fin de l’année, ce maxi inattendu et offert gratuitement sur Bandcamp s’est taillé une place dans ma liste des meilleures parutions de l’année dernière. Rempli de collaboration, dont une pièce avec Pax Kingz (Millimetrik et Maxime Robin), l’enregistrement du binôme montréalais a de ces structures à la fois dansantes aux ambiances nocturnes et du type ambiant. Kodok (Ivann Uruena) et Archibald Singleton (Jérôme Guilleaume) savent comment faire sonner les basses fréquences et démontrent une fois de plus qu’ils peuvent rivaliser avec les meilleurs au monde dans le domaine de la musique électronique downtempo et techno-minimaliste!



Apadooraï - Le Pied Dans Porte


DJ Ridoo pourrait bien être le nom de ce projet, fusionnant la musique du monde par le biais du digiridoo, l’instrument principal de ses créations, avec l’électronique comme peu le font si bien! Sa démarche autonome lui donne d’autant plus de mérite. Ce projet, composé autour de Rodolphe Gagnon et Julien Fréchette, accompagnés par Sylvain Plante (Papagroove), Dany Nicolas (Sagapool) et le multi-instrumentiste Michel Dubeau, s’est forgé une sonorité qui lui est propre au fil des années. Le collectif fait un véritable métissage de style, une sorte de reflet de nos sociétés modernes qui, d’ailleurs, aurait tout avantage à ouvrir ses horizons, mais c’est un tout autre sujet… Celui dont il est question ici est la créativité sans frontières, au profit de notre ouverture musicale, par ailleurs, il se fait difficilement mieux et de meilleurs exemples dans le domaine!




Horror Inc. - Briefly Eternal


Une nouvelle variante dans le parcours du minimalisme que produit Marc Leclair, mieux connu sous le nom d’Akufen, qui revient sous une mouture réinventée. Sa plus récente création est un peu plus du type acid-jazz qu’à la coutume, délaissant ainsi la technique de micro-échantillonnage qu’il avait fait sa signature. Avec un nom pareil, on pourrait croire à des textures sombres, quant au contraire, elles se font bien souvent plus funky que jamais. La house n’est jamais bien loin dans ses productions et elle revient nous hanter d’une manière subtile tout au long de l’enregistrement. Si les racines sont difficiles à cacher, reste que l’enrobage global est soigné, davantage exploratoire et audacieux, avec une ambiance définitivement nocturne!




SarahNeufeld – Hero Brother


Cette violoniste, une collaboratrice et qui partage une approche créative avec Colin Stetson, a un parcours artistique remarquable et pour cause. Son talent prisé par de nombreux artistes et formation, marqué avec son apport sur l’album Funeral d’Arcade Fire, pour ne nommer que celui-là, vous avez peut-être l’impression d’avoir déjà entendu son jeu quelque part si vous suivez un tant soit peu la scène culturelle montréalaise et canadienne. Le minimalisme est de mise avec cet enregistrement fait pratiquement qu’avec son instrument, mais elle meuble l’espace sonore sans bon sens, de sorte que l’on ne s’ennuie pas une seconde pour autant! Ses structures musicales, tantôt méditatives, parfois grinçantes, nous interpellent à tout coup. Une autre parution chez Constellation qui se distingue, tel est leur mandat et encore une fois, réussi avec brio!




Esmerine– Dalmak


Les arrangements poignants, dignes de musiques de film, avec une teinte moyen-orientale, sont au rendez-vous sur cet album qui la suite logique de l’œuvre de la formation. L’instrumentation riche gravite autour des cordes avec l’apport d’un lot d'autres instruments atypiques avec lesquels notre périple sonore nous emmène loin des villes occidentales et de son rythme quotidien. Une certaine base africaine est également présente au niveau des percussions, ce qui confère à l’enregistrement une ambiance qui lui est propre. Dans la famille de l’étiquette montréalaise de disques Constellation, on pense aux projets de Sam Shalabi comme proche cousin musical, avec ces structures où l’on se sent à la fois dépaysé et en terrain connu. 


C'est ce qui conclu ce tour d'horizon de la musique instrumentale locale. La semaine prochaine, je poursuis ma rétrospective de 2013 avec les 10 meilleures parutions du coté anglophone canadien. Cet exercice exhaustif a évidemment le but clair de vous faire découvrir une pléiade d'artistes et de formations musicales. En souhaitant que mes écrits se rendent à vos yeux et les sons à vos oreilles en cette ère numérique, tous un peu submergés par l'océan de choix qui s'offre à nous en matière culturelle et de divertissement. En l'espérant enrichissant, puisque la vie est trop courte pour en faire autrement!
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