jeudi 9 novembre 2017

Coup de Coeur Francophone | Samuele + Julie Aubé


Le récipiendaire du Festival International de la Chanson de Granby de 2016 débarque sur scène arborant un chapeau à la manière de Jean Leloup ou d’Antoine Corriveau avec l’air déterminé à vouloir mettre le feu aux planches. L’artiste est vite rejoint par ses six musiciens portant costumes à brillants, comprenant une section de cuivres dans lequel figure son fils à la clarinette, pour présenter du nouveau matériel. Audacieux choix de casser de nouvelles compositions pour le Coup de Cœur Francophone!

D’entrée de jeu, le public semble autant composé de quinquagénaires que d’un auditoire dans la jeune vingtaine. Les chemises aux motifs à carreaux abondent pour faire écho à la simplicité que dégage l’univers de l’artiste. Pour ajouter à l’expérience et être d’autant plus inclusive, principe au cœur des préoccupations de l’artiste originaire du quartier Hochelaga; une interprétation des paroles de chansons en langage des signes. Une magnifique initiative retrouvée tout au long du spectacle.


La Sala Rossa, salle affublée d’une électricité défaillante depuis toujours, cause un fuzz énorme dans les haut-parleurs, chose que l’équipement récemment acquis ne peut palier au modelage de l’acoustique qui doit être revu et corrigé. Sans même sourciller sur la sono discutable, signature du modeste lieu de diffusion, elle se moque gentiment des fantômes de l’endroit en guise d’entrée en la matière, sans affecter l’éloquence de ses interventions qui ponctuent habilement ce nouveau spectacle. Preuve de plus qu’elle a une aisance peu commune devant public et une maîtrise d’elle-même qui font certainement l’envie de bons nombres d’artistes. Sans être tout à fait rodé, on note davantage de dynamisme au niveau de la mise en scène de cette nouvelle mouture, où le plaisir partagé avec ses musiciens se répercute sur le degré d’enthousiasme du public.


Samuele est reconnue pour ses prises de positions, elle fait une allocution sur la reprise du pouvoir populaire est nécessaire, surtout maintenant qu’un nouveau parti vient d’être prendre les rênes de la marie de Montréal. Elle fait aussi allusion au mouvement #metoo avec un discours sur le consentement, l’enthousiasme et les choix éclairés. Elle n’en est pas à ses premières armes au niveau du ton dénonciateur, comme elle le relate avec son expérience aux Francouvertes en 2013 et son point de vue sur les événements autour du Printemps Érable, où on lui dit que ce n’est pas l’endroit pour parler de ce sujet, ce qui lui a probablement coûté la finale. Qu’importe, comme elle le dit si bien; elle est encore là avec ses propos plus virulents que jamais, mais elle s’interroge à savoir que si la scène n’est pas une tribune adéquate pour s’exprimer, alors où est le bon endroit pour le faire?

Une bouffée d’air frais de l’Acadie en première partie




En guise d’apéritif, l’acadienne Julie Aubé; la plus réservée membre de la formation Les Hay Babies, propose un tout premier spectacle solo.

Entourée par ses trois musiciens, elle déballe un folk atmosphérique infusé de blues avec son accent typique du Nouveau-Brunswick. Ironiquement, l’assistance entend bien peu les paroles avec la sonorisation qui semble s’ajuster tant bien que mal en cours de route. Ce spectacle bénéficie aussi de la traduction simultanée en langage des signes que l’on aimerait bien tous comprendre pour l’occasion!




Aubé essaie d’incarner les pièces issues de son tout nouvel album Joie de vivre, rempli de textes empreints d’histoires d’amour douces-amères. Les trop nombreux et laborieux changements de guitares empêchent en peu l’auditoire d’entrer de plein pied dans l’univers singulier de l’artiste. « Ça m’apprendra d’acheter une guitare à l’Armée du Salut! » nous dira celle qui a vécu une profonde crise d’angoisse la veille de sa représentation.

Visiblement, la chimie reste encore à s’établir entre ses musiciens chevronnés et elle, malgré qu’ils tirent admirablement bien leurs épingles du jeu, pour des chansons apprises l’avant-veille du spectacle. Les structures musicales parsemées d’envolées instrumentales, permettent d’oublier qui lui manque un peu d’aisance sur les planches, c’est dans ces moments plus fougueux où elle semble le plus assumée.

En somme, un bon premier spectacle, considérant qu’il lui est bien difficile de faire mieux, étant en terrain étranger pour cette première excursion sans ses comparses habituelles qui prennent beaucoup plus de place qu’elle. Gageons qu'elle sera bientôt plus à l'aise dans son rôle à l'avant-plan!
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