jeudi 22 février 2018

Shella-Ann Tremblay | Un brouhaha de vie épatant


Avec cette artiste originaire du Saguenay, l'énergie et la bonne humeur sont au rendez-vous.


Oscillant entre le folk, les influences de musiques traditionnelles et le bluegrass, elle métisse plusieurs genres ensemble pour en arriver à une sonorité singulière. Si on lui demande de mettre une étiquette sur sa musique, c'est le terme folk-trash qui ressort du lot. Entre le violon, la guitare, le tapage de pied et le chant, c'est un style musical qui rentre dedans, bref, ça bardasse joyeusement !

Sa musique aux saveurs éclatées se compare à un bonne assiette de quinoa forestier de la cuisine de Jean-Philippe. C'est rassurant mais toujours avec un espèce de petit twist différent. Ça se déguste à grandes bouchées et c'est aussi bon pour le corps que pour l'âme ! Voici la version intégrale d'une entrevue audio avec ce véritable boute-en-train qui dévoile son parcours sans pudeur. Une incursion unique dans l'univers de l'artiste qui se livre ici en toute honnêteté et en intimité où son enfance et son parcours singulier ne peut faire autrement que de nous imprégner l'imaginaire d'images. Bonne écoute !



Les propos rassembleurs et la solidarité sociale véhiculés par ses textes confèrent à cette jeune femme une véritable mission : transcender les frontières et l'isolement causée par différentes mentalités. Le but est clair; il s'agit ici de conscientiser les auditeurs sur des enjeux environnementaux, les droits de la femme ainsi que combattre les injustices à travers l'art. La musique pour la musique pour elle n'a aucun sens, elle doit être engagée !



En plus d'éveiller les consciences, sa musique fait le pont entre le passé avec un pied fermement ancré dans le présent et le regard résolument tourné vers l'avenir. Elle est en spectacle avec Virginie B & Jam Martel et Ragoût pour la première édition de la série de soirées Folk Lumière, le samedi 24 février au Quai des Brumes, présenté par La Danse de la Tortue, qui se déroule en marge des festivités proposés par Montréal en Lumière. Un événement à contribution volontaire qui allie la musique aux arts du cirque, rempli de surprises et d'émerveillement, ça vaut le déplacement !

lundi 19 février 2018

The Moonlight Club | Aléas créatifs


Une approche farouchement indépendante


Trois gars munis de guitares, piano, harmonica et batterie : la formule ne date pas d'hier, mais lorsque c'est fait de manière sentie, reste que ça fait vibrer efficacement les cordes sensibles chez l'auditeur !


Le groupe montréalais fait un rock inspiré de sonorités des années '60 à '80 qui se retrouve à mi-chemin entre le folk et le new-wave. Deux timbres de voix qui s'harmonisent et s'interchangent les rôles de lead singer selon les pièces viennent ajouter beaucoup de dynamisme à l'album. Son enregistrement sans faille fait en sorte qu'il se distingue du lot, sans réinventer la roue pour autant, le but étant bien plus une sorte du clin d’œil aux influences des membres du groupe que l'innovation au sens pur et c'est tout sauf moins louable pour autant. Voici une incursion dans leur démarche DIY avec cette entrevue.



Le trio montréalais se confie sur le cheminement qui a mené à la réalisation de leur premier album éponyme. « Une des grandes insatisfactions que connaissent les artistes et musiciens, c’est le sentiment de ne pas être en contrôle de sa destinée. Tu es toujours dans l’attente d’un manager, d’un relationniste, d’une producteur, d’un promoteur, etc.. L’autoproduction, pour nous qui venons pas du tout du milieu de la musique, c’était notre façon d’être en contrôle et d’aller chercher de la satisfaction dans le processus au complet, pas seulement le résultat. On a donc tout appris par essai et erreur au cours des cinq dernières années ». Avoue candidement François Royer Mireault, guitariste de la formation.



Pour un groupe qui s'autoproduit, il s'agit souvent d'un long et sinueux parcours. « Tout a commencé avec des démos iPhones dans une chambre. Ensuite, c’était des essais sur Garage Band avec des drum loops et des effets de voix douteux. On s’est acheté des micros, des fils et on a téléchargé le logiciel open source Reaper. Éventuellement quelqu’un nous a montré comment utiliser une interface audio pour enregistrer dans notre local et commencer à faire des démos en pistes séparées. On a compris la différence entre le mix et le mastering, et de son importance, disons qu'on a appris sur le tas ». Confie le musicien.


« Pour l’album comme tel, on avait une vingtaine de démos qui avait été écrits entre 2010 et 2016. On avait eu notre entrainement avec le EP ‘Words In Gold’ de 2015. On savait qu’une chanson doit être portée à bout de bras entre l’écriture, la période de pratique, l’arrangement final, l’enregistrement et le mix. Certaines maquettes étaient au stade de riff et mélodie, d’autres déjà arrangées à la note et au mot près. On s’est donné trois mois les enregistrer, au rythme de deux par semaine dans notre petit local à la Coop Symphonique. On s’est aussi enfermé deux jours dans un chalet pour se sortir de notre routine. La formule était simple : on jouait les chansons et on enregistrait le tout en live. Ça donnait un bon aperçu du fond des compositions. On ajoutait ensuite piano, harmonica, percussions, voix, du mieux qu’on pouvait, sans trop se casser la tête. On a terminé avec une playlist de 11 chansons produites à l’arrache mais qui nous permettaient de voir clairement où on s’en allait avant de rentrer en studio ». Précise François également impliqué au sein de l'agence de commandites Elevent.




« Ensuite, on est rentré à Breakglass avec David Smith, et on a simplement enregistré le plus de stock possible en une semaine. On a profité de chaque heure en studio. C’était trippant. Mais ça passe vite, si tu n’es pas musicien professionnel, tu as intérêt à être bien préparé. En studio c’était une collaboration. David nous proposait des choses, mais on prenait les décisions musicales à trois. Il y avait un grand respect mutuel. On savait qu’on avait la chance de travailler avec un pro (il venait d’enregistrer Leif Vollebekk et Suuns quand même !) qui pouvait nous en montrer et lui savait qu’il avait la chance d’enregistrer un band indépendant qui lui faisait 100% confiance. » Déclare François.




« Il faut se rappeler qu’on ne vient pas du milieu de la musique et qu’on ne connaissait vraiment personne au début. Ça a des avantages d’être un peu naïf et optimiste. En 2014, on voulait formaliser notre projet musical (qui n’avait pas encore de nom) et enregistrer un EP pour démarrer. On écoutait pas mal le band Elephant Stone à ce moment et un soir j’ai simplement regardé qui avait produit leur premier EP, ‘Glass Box’, en suivant les crédits au dos du vinyle. J’ai googlé le nom de David Smith et je lui ai écrit un email. Ce que plusieurs bands se permettent pas de faire parce qu’ils sont "pas assez bons". On avait des enregistrements extrêmement lo-fi et David a simplement répondu : « I hear lots of 70’s & 80’s punk : it’s nice to hear guitars like these ». On a pris une bière ensemble, on a parlé de musique et c’était un fit. Aucun label, aucun manager, ça allait être juste nous quatre. On a même enregistré sur des rubans pour le EP, juste parce qu’on trippait de le faire. Quand on a planifié le projet d’album en 2016, c’était même pas une question, ça se faisait à Breakglass avec David ». Se remémore le guitariste. 


Une campagne de financement participatif dans l'équation pour la production d'un album, ça nécessite beaucoup temps et de concessions. « Pledge Music, c’est un peu comme Kickstarter mais pour les projets musicaux. La plateforme est structurée pour que tu n’oublies rien de ton projet. Ils t’aident à plusieurs étapes importantes. On voulait le faire parce que ça nous obligeait à bien structurer le lancement. Il fallait décider d’avance ce qu’on offrait aux gens, quand on allait livrer ça et comment on allait en faire la promotion. C’était trippant d’avoir notre projet à côté de gros noms de la musique. Et ça nous a permis de concentrer les efforts de promotion à un seul endroit. La leçon de la campagne Pledge Music est que le gros du travail n’est pas avant le lancement mais après. Si tu bâtis ton projet et que tu le lances sans vouloir l’alimenter ou le promouvoir à chaque jour, tu serais mieux de mettre ton énergie ailleurs. Pledge Music c’est de l’huile sur le feu, mais tu dois partir le brasier toi-même. Il faut aussi évaluer environ 5-10% des ventes qui vont aller à la plateforme, et il faut calculer que tu n’es pas maître des règles du jeu, tu dois te plier à ce qui se fait sur la plateforme. Tu veux ajouter deux vidéos ? Impossible, c’est une seule. Tu veux traduire ton projet en français ? Non, c’est anglais seulement. On doit composer avec ces paramètres ». Nuance François.




La collaboration avec Olivier Charland pour la conception de la pochette de l’album s’est matérialisée de manière toute naturelle, selon les principaux concernés. « On vient tous des quatre coins du Québec, mais on a grandi ensemble à Trois-Rivières et on s’est connu à travers les arts, le skateboard et la musique. Olivier était notre premier choix pour mettre en images notre projet musical. On s’est assis au café Hof Kelsten avec une pile de vinyles (The Smiths, The Stone Roses, Kurt Vile, The War On Drugs, Tom Petty et plusieurs autres), et on a discuté du design. Il nous est revenu deux semaines plus tard avec une proposition assez champ gauche (la pochette du premier EP). Pour refléter notre approche de production, il nous a proposé de réaliser une œuvre concrète et de la photographier, contrairement à faire un design fait à l’ordinateur ou prendre une photo. Le tout était conceptuel autour de la lune. C’est devenu une série, avec la sortie de l’album. On a maintenant hâte de voir le troisième morceau ! » Fait savoir l'artiste.


Le concept de documenter tout le processus créatif, de suivre le groupe même à travers ses moments les plus intimes et ses remises en question, cette proximité offerte au public ne doit pas toujours être évidente à gérer. « En fait, Martin Côté fait aussi partie de notre réseau d’amis créatifs de Trois-Rivières. Excellent photographe, DJ et mélomane, il a été le premier à nous photographier à Breakglass et en spectacle. Comme Olivier, il voulait capturer notre approche de production et a utilisé un appareil photo argentique. C’est aussi lui qui a booké notre premier show à l’Embuscade à Trois-Rivières. Le groupe s’est toujours donné comme mission d’être une plateforme créative pour nos amis proches. Un band, c’est l’empreinte culturelle d’un petit groupe de gens qui ont partagé des histoires ensemble, et c’est beaucoup plus riche quand ça dépasse les membres qui le compose. » Fait valoir le musicien.

Le groupe est en lice pour le prix Searchlight de CBC, le tremplin pour les nouveaux talents à surveiller. Allez voter pour eux par ici si vous désirez encourager cette formation québécoise !

jeudi 15 février 2018

Marie Davidson | Dystopie nocturne

Crédit photo : Caroline Hayeur

Le spectacle Bullshit Treshold de l'artiste montréalaise Marie Davidson oscille entre performance théâtrale, spectacle audiovisuel et prestation musicale à la croisée des chemins entre la musique techno et de la synthpop.


À l'occasion de la première d'une série de trois représentation à La Chapelle Scènes Contemporaines, du 14 au 16 février 2018, l'artiste a offert une expérience peu commune à l'auditoire de la charmante petite salle. Sous une conception d'éclairage et de projections dynamiques en temps réel, signés par John Londono et Gonzalo Soldi de HubStudio; des montagne russe d'émotions d'une rare sincérité, inspirées de scènes de la vie quotidienne et des réflexions que l'artiste livre sans pudeur.


Crédit photo : D. Kimm

Seule sur les planches, elle dégage un charisme unique où elle semble parfaitement dans son élément et en contrôle de son environnement. Incarner autant d'assurance prend énormément de courage ! Les changements vestimentaires, s'occupant à la fois de beaucoup d'éléments technique derrière ses machines, l'artiste s'en demande beaucoup, peut-être même trop, afin d'éviter dans le piège de la surcharge pendant quelques rares instants où la cadence a semblé affecter la fluidité du spectacle.


Crédit photo : Caroline Hayeur

Connue au sein du duo Les Momies de Palerme avec Xarah Dion et pour Essaie Pas, avec son mari Pierre Guerineau, Marie Davidson ne manque pas de culot ! Appuyée par une captation d'images en temps réel avec l'aide de caméras infrarouges, l'originalité et l'effet dramatique est à son comble. Pour l'occasion, voici une entrevue audio avec l'artiste en version intégrale, originalement publiée sur Baron.



Le spectacle Bullshit Treshold fait écho à l'album Adieu au Dancefloor, le plus récent effort solo de Marie Davidson, paru sur l'étiquette Cititrax à l'automne 2016. De profondes réflexions sur un mode de vie en décalage avec la réalité, la jeunesse souvent insouciante qui se gargarise dans les abus de toute sorte, notre addiction collective aux technologies et aux substances, bref, de cette fuite perpétuelle de nous-même et des autres.


Crédit photo : D. Kimm

Marie Davidson n'a pas froid aux yeux en interpellant le public avec autant de finesse que de brio et ce, de différentes façons, tout le long de cette performance pluridisciplinaire qui vaut bien plus que son prix d'entrée. Bullshit Treshold est une sorte de voyage aux confins de paysages intérieurs de l'artiste, tantôt infernaux, tantôt idylliques, définitivement une expérience hors du commun à ne pas manquer !

jeudi 25 janvier 2018

Guillaume Duchesneau | Entre le folk et la lumière


Guillaume Duchesneau est un artiste québécois bidimensionnel qui oscille entre une variation de chanson folk-pop qui rappelle un peu Marc Déry (Zébulon) et Antoine Gratton, combinée à une musique intimiste et des thèmes philosophique, plus près de Harry Manx.

Après avoir foulé les planches avec Madame Moustache, Caniche Hara-Kiri, Canailles et Lisa LeBlanc, l'auteur-compositeur-interprète entreprend un virage solo avec l’album Prélude pèlerin qu’il fait paraître à l’automne 2015.




Avec sa plume baignant dans la sincérité empreinte d'une touche d'humour, Guillaume touche l'auditeur avec sa candeur et un léger côté désinvolte. Sa prose comporte des messages existentiels, des réflexions qui semblent longuement mûries, issues d'un long cheminement. Ses observations font autant réfléchir que prendre conscience de certaines dynamiques ou comportements qui devraient être modifiés, sans se faire moralisatrices pour autant. Un album riche un instrumentation, dynamique au niveau des arrangements et sur le plan vocal, avec la profondeur comme fil conducteur. Un de ces enregistrements qui gagne à être connu et entendu.


http://www.lavoieduson.com/Sous le projet instrumental Holos, l'artiste utilise différents formats de bols tibétains, violon et guitare pour en arriver à un résultat apaisant, voire hypnotique. Grâce à l'usage d'échantillonnages en temps réel, l'artiste fabrique des tapisserie sonores qui emportent l'auditeur loin de son quotidien. Comme une sorte de pause hors de l'espace et du temps, cet enregistrement ambiant aux instrumentations organiques est tout désigné pour accompagner la pratique du yoga, la méditation ou toute activité qui demande de l'introspection. Une atmosphère apaisante et unique, loin des stéréotypes du new-age, avec une approche qui incorpore habilement des éléments contemporains.


Doté d'une formation en musicothérapie, il développe des ateliers thérapeutiques uniques qui proposent la guérison par vibrations à l'aide de diapasons, tingsha et bols tibétains, via des séances individuelles de massages sonores. Une technique qu'il développe en marge des notions académiques, il pousse un peu plus loin en misant sur son intuition ainsi que ses expériences en tant que musicien.




Guillaume Duchesneau est en prestation à Montréal pour deux concerts méditatifs en hamacs avec la harpiste Annabelle Renzo, le vendredi 26 et le samedi 27 janvier à 19:30 à la Sérénité Sonore, situé au loft 316 du 5425 rue de Bordeaux. Une occasion parfaite pour se libérer du poids qui pèse sur nos épaules et pour calmer ce flot de pensées qui nous habitent, même si ce n'est que momentanément. Envoûtant autant qu'enveloppant !